Je marche par les villes meurtrières et les campagnes mortes, unique témoin de la déréliction. Des jets de cendre et des crachats de fumée m’enseignent le sens de l’effort humain. Les vents emportent cris et chuchotements. Je prends ma part d’échecs, de sacrifices et de renoncements. La nuit ne m’offre même pas le prestige de l’obscurité : pauvreté astrale et indigence lunaire.

Les voies sont détruites, les chemins, effacés. De la poussière se disperse au gré de mes pas. Je cours jusqu’à perdre souffle. Me voilà traversé par des ivresses, des colères, des révoltes. Les animaux se taisent et le ciel n’est qu’une traînée de sang. Mes yeux se referment et je ne sais plus si j’aspire à la mort du bétail ou à la mort du gibier. Les abattoirs sont silencieux.

Je pars à la recherche des nuées nocturnes et je demande ma route aux humbles et aux humiliés. L’un d’eux prononce une prière dans une langue oubliée. Dieu se délecte-t-il de la souffrance humaine ? Des étourneaux se battent entre eux pour une part de ciel et je m’égare. La seule liberté qui m’est concédée est celle de ne rien posséder.

Sur l’auteur

Les poèmes de cette nouvelle série prennent source dans l’enfance, ses émerveillements, ses révoltes, ils interrogent la mémoire et le deuil, tentant de ressaisir ce qu’il y a d’instable, d’insitué, d’exilé dans l’identité. 

Né dans les années 1990, Sacha Zamka grandit en France. Après ses études, il découvre Vienne, New York, Montréal. Il se consacre à l’écriture de nouvelles et de poèmes depuis lors. Ses écrits, hantés par l’enfance, interrogent le deuil, l’identité, la mémoire, dans une langue où s’affrontent fragments bibliques et expériences quotidiennes, témoignant d’une condition diasporique. Ses poèmes ont été favorablement accueillis dans des des revues en France, en Belgique, en Espagne et au Canada. Il a publié un recueil Poussière et grâce chez Encres Vives.

Texte : © Sacha Zamka