La guerre est toujours la défaite absolue de l’art, et de la poésie en particulier. C’est le sentiment que l’on a, d’abord, quand l’extrême geste de civilisation qu’est la poésie s’effondre devant la brutalité et la destruction intégrale de l’autre.

Puis, vient le temps où la poésie apparaît pour ce qu’elle est. Au plus profond.

Un acte de résistance, c’est l’évidence.

Mais, de manière plus ambivalente encore, comme la plus virulente réponse à l’entreprise de mort.

Cette mort physique et symbolique que poursuit la guerre. Elle peut tout emporter, à la surface, tout dévaster en apparence. Elle ne parvient jamais, nulle part, à déraciner – de l’individu qui écrit – cette pulsion. Ce désir, cette révolte, cette envie de se saisir des mots pour en forger de la poésie.

L’Ukraine est terre de poètes, et donc une terre désirée. Pour sa liberté, et pour cette force intérieure qui traverse toute son histoire littéraire. Des cosaques jusqu’aux modernes, la poésie ukrainienne est indestructible. Elle est un fil rouge, de sang trop souvent, mais pas uniquement. Elle est un fil d’Ariane qui relie des époques, pour maintenir une pensée particulière toute empreinte de beauté poétique.

Des époques qui, grâce aux poèmes, semblent parfois se parler à distance, et se retrouver.

Un dialogue temporel qui dessine, au-delà d’une identité, un art de l’écrit, sans équivalent dans sa constance et sa vivacité. Où se mêlent les souffrances et les blessures de poèmes en guerre.

Mais où s’épanouissent également les fleurs toujours renaissantes d’une écriture définitivement ivre de sa singularité. Une poésie devenue universelle à force de luttes. Où, comme une révélation sans cesse renouvelée, la vision et le sang des Poètes sont les ferments d’un avenir libéré.

Le travail de traduction, cette mise en perspective temporel et historique, que Marc Georges a réalisé éclaire d’une manière saisissante la richesse d’une terre d’écriture. Et, au-delà, il dévoile le rôle terriblement émouvant et essentiel de la poésie dans le cours du temps, et des vies qu’elle rencontre.

Yan Kouton

Anthologie établie par Marc Georges – pour la Maison Poésie Brest – à l’occasion de l’exposition de Guillaume Herbaut, à la Maison de la Photographie de Brest, «Ukraine, Terre Désirée », du 19 octobre 22 novembre 2025. Avec l’Agence VU.

Ukraine : Terre de Poètes – Anthologie et Traductions de Marc Georges – Editions QazaQ – Collection Maison Poésie Brest ISBN : 978-2-492483-76-9

Photographie de Couverture : Mona Premel