« Archipel » plante déjà le décor, par son titre seul, d’une poésie explorant les liens secrets entre imaginaire et géographie. Quand l’art est le produit d’une expérience, et non pas seulement d’un savoir.
Ludovic Micheau développe une poésie qui, par son hermétisme apparent, fracasse une langue enfermée dans son monolithisme. Cette poésie se dilue dans le multiple, l’impénétrable, bien au-delà d’une appartenance territoriale. Elle s’impose dans un espace littéraire, et juste littéraire. Trans continental, transféré dans ce monde archipelisé, pour mieux en éclairer les opacités.
A l’heure d’une fragmentation accélérée, l’interpénétration du dicible et de l’indicible, du mystère et du profane semble la clef de compréhension d’une réalité devenue si complexe. « Archipel » est une réponse esthétique à ces changements – trop – rapides.
Cette écriture épique, et sobre à la fois, est traversée par une étrange lumière, une lumière filtrée par une brume poétique. Que l’on assimilerait trop rapidement à un surréalisme revisité. C’est plutôt une langue de sa propre nature que l’on explore, dont la beauté irradie et marque profondément.

Extraits
Phares aux confins des interrogations
Où s’en vont femmes et hommes à nu de nouveau regarder
Ces soleils d’amour sur la dentelle s’étiolent-ils vraiment ?
Cascades érigées de la pluie réverbérée sur le Jade
Où nos lèvres viennent déraciner les mots bleus de la nécessité.
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S’il te manque le véritable nom des choses
S’il te manque ces matins de tendresse
Où les mains se découvrent des attraits de trésors sur les berges du
corps que tu habites comme on habite en refuge le monde
S’il te manque du courage le cœur et les rages gardées par devers soi
par peur qu’alors elles ne blessent
Vois en deçà de toi à l’endroit de tes métamorphoses prochaines de plus
profondes destinées.
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« Archipel » est disponible notamment ici : https://blacktromboneeditions.com/ludovic-micheau