Elle nous appelle, intransigeante,
et elle siffle le vent,
impertinente. Ou alors elle brille
sous le soleil. La mer comme les
bateaux est une grande
voyageuse inconsciente qui ne
connaît pas l’apaisement. Morne
et noire dans la nuit, l’eau de mer
continue son bercement
imperturbable, elle fait glisser sa
houle à l’infini : fortement,
doucement, balançant des
embruns, chatouillant les rochers
et les côtes, presque morte quand
elle ne bouge plus et qu’elle est
plate comme une assiette.

La falaise face à la mer s’érode,
vieillissant peu à peu d’un âge
inconnu. La falise malingre
s’épuise et peine inutilement
devant le grand tout pour garder
sa superbe. Mais elle plie, tout au
long de milliers d’années et, ainsi
que les arbres les plus tenaces,
elle finit par mourir. Et le visage
livide devant cette eau
incorruptible, la falaise périt
entièrement pour n’être plus que
sable et poussière.

Dans la lutte entre la falaise et la
mer comme dans celle que se
livrent l’arbre et les tempêtes, le
souvenir que je garde est
toujours celui du triomphe de la
mer : cette mer qui est nous, cette
mer que nous sommes. Un jour,
tout le monde deviendra mer. La
mort elle-même est cette mer,
totale et infinie, passé et avenir.
Quand elle disparaîtra dans des
poudres d’étoiles, aux confins
des galaxies, je pense qu’un autre
cycle de vie s’ouvrira, lui aussi
fait de mers.

Texte : Mikel Benoit – Remerciements à Nolwenn Benoit