Chercher son bonheur en bord
de mer, où que soit cette mer, à
la montagne où que soit cette
montagne, dans un pays froid
où que soit ce froid, dans un
pays chaud où que soit ce
chaud. Ainsi nous trouvons
finalement, au fil des ans, le
lieu auquel nous demeurerons
attachés pour toujours. A Brest,
on choisit la ville d’abord. Puis
plus loin, se mêlent les routes
qui mènent aux grèves. Le
continent breton, comme
toutes les terres où nous
vivons, nous fait d’abord peur :
les grands espaces, les terres
vierges, les remuements de
l ‘élément aqueux ou de
l’élément solide, toutes ces
choses là nous les chassons de
nos pensées. Et nous les
ignorons d’autant plus qu’elles
sont notre reflet et que nous
refusons le plus souvent ce
reflet. L’artiste s’emploie à
apprivoiser le reflet qui lui est
envoyé par les éléments
qui l’entourent. Il veut contrôler ce
qui l’entoure. Il veut dompter la
mer et ses vagues. Il veut faire
deviner le soleil, la pluie et les
tempêtes. Il veut percer le
mystère de ce qui ne se dit pas.
Or le silence est dans la nature.
Le silence, qui est nuit sans fin,
vide total ou au contraire
naissance permanente, c’est ce
que notre habitat est. Ainsi
nous cherchons à mettre des
mots sur les choses : la mer est
nommée, la péninsule est
nommée et les villes aussi.
Ainsi Brest prend forme pour
le poète qui y vit, comme la
fleur se donne un nom pour le
botaniste. Toutes les villes ont
ce privilège d’être nommées et
la nature celui d’être chanté.
Pour combler les vides, pour
embellir le temps, pour rendre
joyeux et vivant ce qui n’est
finalement peut-être qu’une
mort ou un trop-plein de vie.
Texte : Mikel Benoit – Remerciements à Nolwenn Benoit