L’appel à textes qui a conduit à la parution de L’imaginaire Poétique de Brest, aux Editions QazaQ, a suscité un tel enthousiasme, de si beaux – et touchants retours – que la création d’un Volume 2 s’est imposée d’elle-même. La Maison Poésie Brest va donc s’y atteler. Dans l’attente, il semble important de relayer ici des textes qui nous parviennent encore, toujours sous-tendus par des parcours de vie et d’écriture attachés à Brest, souvent bouleversants. Et, surtout, brillants. Cet appel a pu libérer cette mémoire artistique, c’est une satisfaction profonde…Voici donc, pour débuter cette série « les écritures brestoises », l’écriture de Mikel Benoit, qui nous est parvenue par sa sœur, Nolwenn Benoit. Qu’elle en soit remerciée, infiniment.
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Travailler à Brest
Il m’est arrivé de travailler dans
les poumons de Brest. Car
travailler à Brest, c’est agir
dans ses poumons même. On
sent qu’on est plongé dans un
organe, dans un organisme.
Brest, quand j’ai travaillé dans
ton cœur, j’ai senti que tu
exhalais des souffles, des
baisers, des larmes et des
colères aussi. Mais la chaleur
était là, les organes de Brest me
donnent chaud, toujours. Les
présences sont toujours entre le
oui et le non, elles sont un
peut-être qui donnent pourtant
des évidences sereines et
compatissantes. J’ai travaillé à
Brest et j’y ai senti son cœur,
ses poumons, son sang et tout
son corps. Brest, j’ai toujours
tenté de trouver en toi ton
humanité, même au milieu des
colères. J’ai voulu niveler ton
potentiel de marée haute – ta
joie – et ton potentiel de marée
basse – ta tristesse.
Texte : Mikel Benoit
Sur l’auteur

Né en 1976, il a commencé à écrire à l’âge de 27 ans. En vers et en prose, il a posé sur le papier ses rêves éveillés.
La nature, la musique, l’enfance, l’âme humaine revisitées par un imaginaire poétique éclatant et bouillonnant.
Mikel, mon frère, est mort brutalement en février 2024 à Brest où il vivait. Ses textes ont sombré dans l’oubli et n’ont quasiment pas été lus. Brest était son refuge. J’ai retouvé des textes qui témoignent de son attachement à la ville et je me suis dit qu’ils pourraient toucher la sensibilité des amoureux de la cité maritime. J’en ai alors adressé un à la Maison de la Poésie et je remercie Yan Kouton et les éditions Les Cosaques des Frontières de permettre un partage des mots de Mikel.
Un arbre vole
derrière moi
J’entends ses paroles
Qui traversent les parois
Derrière lesquelles je me trouve
L’oiseau lui reste par terre
Avec sa patte cassée
Il chante un chant de souffrance
Quand fera-t-il remarcher ses hanches ?
Mais après tout,
Moi aussi j’aimerais courir et sauter
Dans la verte campagne
Comme l’oiseau,
Je voudrais libérer les bagnes
Dans lesquels s’enferment mes pensées.
(Extrait de : En partance pour l’Enfance)
Livres auto édités (essentiellement dans les années 2009-2010) :
En partance pour l’enfance
Méditations et dernières chansons
Les affres de la création
Les horizons déçus
Copeaux de bois
Humour à contretemps
Vers la littérature du futur ou la rythmique des mots
Chants et cris
Les tableaux de la liberté
Etonnantes curiosités
Les chants nouveaux, l’intégrale
Routines (2020)
c’est beau et émouvant , merci à Nolwenn Benoit de nous faire connaitre cette écriture