Où j’apprends que des planètes sont nommées Gliese 1214b ou HD209458b
Où l’on parle de 6 millions de kilomètres, de 40 années-lumière, de températures de 120 à 280 degrés celsius ce qui est bien glacial par rapport aux 1000 degrés de la planète géante HD et des poussières…
Sans oublier les 5470 exoplanètes connues en 2023…
Où j’apprends que la poésie du futur se donne sur X, en vidéos et en show et que de jeunes dits-poètes usinent de la poésie (?) pour des marques, ce qui leur permet de « vivre de la poésie »… À grande vitesse et à grands cris peut-être.
C’est un jour un peu malencontreux pour moi un jour d’exil et de fin de parfum, un jour où regardant mes mains, je me reconnais poète désuet, à l’ancienne, entre un cachot et une tour d’ivoire, entre papier et illuminations, entre explorations verticales et mots manquants…
Et je me demande dans combien de temps le silence à son tour sera monnayé, afin que de jeunes têtes puissent en vivre… en plein carnaval capitalistiquement orchestré.
Philippe Jaccottet  écrivit ce vers que j’imagine penché : « que l’effacement soit ma façon de resplendir »  alors que l’on fouillait encore la malle regorgeant de papiers et de phrases fiévreuses et muettes du Portugais lisboète… Loin des écrans, des micros, et des miroirs aux alouettes, des poètes exercent des métiers de comptables, de paysannes, de professeurs, de traducteurs, de saisonniers, débitent des poissons et des poulets à la ligne d’abattoirs, furent ajusteurs quand ils s’appelaient Navel… Et Calaferte les dévoraient ou se laissaient dévorer, assis sur le trône. Majestueux. Pierre Bettencourt imprimaient ses vignettes poétiques et gribouilliques sur sa presse à bras et d’autres écrivent sur des galets recouverts par la mer…
Aussi je vis et j’écris en ourson d’eau, en tenebrion du désert, délicate à vivre, résistante aux grands froids et à la rareté de l’eau. Je ne vis pas de la poésie, je vis dedans…

Texte : Anne Jullien