La nuit-radeau
Dérive
Sur une mer de soie
Ma peau devient
La surface de l’eau
Et le vent tiède
Me fait frissonner
Les vagues
Charrient
Des souvenirs
Gorgés d’obscurité
Que l’océan
Ne parvient à atténuer
Et qui distillent
Leur noirceur
Dans l’eau
Trouble
Des images d’Epinal
Lestées de plomb
M’entrainent
Vers le fond
Là où le silence
Est roi
Nul écho
A la solitude
Ni soubresauts
De peine
Qui agiteraient la surface
Dans le froid
Et l’obscurité
Des abysses
La douleur
Se tapit
Dans une forêt
Submergée
Loin du tumulte
Du rivage
Blottie en chien-de-fusil
Elle devient fossile
Millénaire
Tandis qu’en ricochets
La vie continue
Sur la vaste étendue
Plissée
Grise et noire
Où se reflète
La lune crayeuse

Texte : Alinéor Oval

Illustration : Maria Oval