Si le recueil « Eros 31 », que publie Tzerga aux Editions QazaQ, est évidemment évocateur, c’est de la plus belle des manières : celle d’une femme explorant son désir dans une immense liberté. Alors que la domination masculine explose en plein vol, ce regard poétique de la sexualité féminine, par une femme, est tout simplement sublime.
Il ne s’agit pas d’opposer ici les hommes et les femmes, mais seulement d’ouvrir aux femmes un territoire qui a – trop longtemps – été réservé aux seuls hommes. Celui du désir, et du regard posé sur le corps féminin. Les artistes masculins ont depuis toujours la liberté de faire du corps de la femme un objet de création. Ce qui, de la sculpture à la littérature, a permis l’émergence d’un nombre incalculable d’œuvres essentielles et magnifiques dont il faut scrupuleusement préserver l’intégrité.
Il est juste temps de permettre aux femmes de parler, sans la médiation masculine, de ce qui leur appartient. En d’autres termes qu’elles prennent pleinement possession de leur corps et de leur désir profond. Jusqu’à récemment, les hommes se réservaient l’ambition, la démesure dans l’art et, marque de domination suprême, le droit exclusif de parler, ou d’explorer le corps féminin. Source inépuisable de sublimation et de recherches constantes d’une beauté absolue. Sans que les femmes, de leur côté, puissent le faire elles-mêmes ou, encore plus inconcevable, puissent « chosifier » à leur tour le corps masculin.
Si la femme est représentée dans l’art, c’est en grande partie par, pour et à travers le regard des hommes. Il est temps non pas de réduire le champ de la poésie, de l’art en général, en effaçant, retranchant, censurant les représentations de la femme par les hommes. Mais seulement d’augmenter le territoire créatif, en ne se privant plus de ce que les femmes ont à montrer, à écrire, à dire d’elles-mêmes, et pour elles-mêmes.
Cette démarche est vitale, y compris pour les hommes. Pour ces derniers l’enjeu est tout autre. Plus les femmes exposent et expliquent elles-mêmes leur corps, moins elles sont chosifiées par les hommes. Dépossédés de ce privilège, ils doivent alors avoir le courage de se tourner vers leur intimité. Comme le font désormais les femmes. Les hommes doivent en profiter pour chercher d’autres influences, moins toxiques pour les femmes. Et profitables à l’équilibre de la société.
Ce que Tzerga fait ici à merveille. En explorant une – sa – sexualité sans fard. Dans une crudité toute littéraire, mais surtout bouleversante. Parce qu’au plus près de son ressenti. La beauté puissante, sauvage et ultra-sensuelle qui traverse le recueil est aussi la manifestation d’une prise de contrôle – on ne dira pas pouvoir – de son corps, de ses attentes, de sa jouissance.
Sans que l’homme ne soit exclu, sauf, et c’est le plus important, de ce que Tzerga a à dire de son propre plaisir. Suivant ainsi l’exemple d’autres femmes ayant décidé de ne plus être seulement des objets d’observation – des hommes -, mais de devenir les sujets de leur existence, comme de leurs représentations artistiques.
Si « Eros 31 » s’appuie également sur la symbolique du calendrier, ce n’est pas le fruit du hasard. La magnifique, si belle et précise, observation qu’offre le recueil d’un corps et de son plaisir, suit la logique du déplacement, du retour des saisons et d’un cycle. Plaçant le corps – et l’amour – au milieu d’un mystère cosmique. Où la fusion charnelle parle nécessairement à quelque chose de plus vaste que l’érotisme.

Yan Kouton

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EXTRAIT

« Corps en combustion
Animaux en convulsion
Nous nous galopons »

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EROS 31 – TZERGA – Editions QazaQ – ISBN : 978-2-492483-53-0