tu te promènes nue
personne ne te regarde
personne ne peut te voir
à l’instant
à cet instant précis
un bruit furtif
tu déclenches l’ouverture
puisque tu es cachée

à toi seule
tu dévoiles l’effet que ça te fait
dans ton laboratoire
dans l’îlot solitaire – salutaire peut-être –
tu te fais ton arbitre

doucement tu les déposes
les tissus les velours
les bas et les dentelles
personne ne peut te voir
personne ne peut sonder
tes gestes et tes pensées
le pourquoi le comment
ne peuvent se révéler
puisque tu es cachée

à toi seule
tu affrontes
la morsure du froid
et l’avide rayon d’un soleil transparent
le sens caché de l’offre
qui te couvre la peau
juste à ce moment-là
à ce moment précis
au silence tu demandes
si le nu te va bien

tu poses
et tu poses tout
c’est pour ton exercice
car la vie en demande
des essais d’expériences
et des doutes à douter
à tout poser encore
pour l’enquête du soi
pour savoir où se mettre
dans quelques endroits réduits
à soupeser tes seins
surexposer ton ventre
à faire le vide en creux
dans l’éclat d’un miroir 

tu te promènes nue
devant ton objectif
l’objet qui signifie « je ne suis qu’un sujet »
comme l’oiseau qui dort
– il est là dans sa mort –
la fleur qui se fane
le coquillage vide
des tubes et des béchers
un os
ce qu’il reste d’un buste
des périmètres restreints
une main
un bras
un cou
la moitié d’une cuisse
le creux d’un dos au mur
et le mou d’une fesse

tout parle
« je ne suis qu’un sujet »

tu te promènes nue
personne ne te regarde
personne ne peut te voir
tu archives cela
à l’instant
à cet instant précis
personne ne peut te voir

et puis
tu donnes tout

ce qui jaillit de toi
la complainte qui sauve
de l’idée de la mort
ou même la question
ne cherche nulle réponse

ainsi
l’existence d’une œuvre
un travail d’artisan
une trace sensible
à briser les dégoûts
des aveugles voyants

et même à regarder
il se peut
il se peut
qu’ils n’y comprennent rien

ils ont bien vu tes côtes
mais tu étais cachée
à leurs yeux impotents

Texte : Zakane

Illustration : Francesca Woodman – Autoportrait