Se perdre à nouveau et attendre dans la torpeur des nerfs que l’ombre passe. Des hauts, des bas – de hauts débats -. Constant retour. Constat de l’expérience. Le méditant aussi, en dehors de son assise, est parfois en proie au doute, une évidence dévoilée. Pour une minute de calme, des siècles de confusion. L’histoire humaine assume son complexe de supériorité dans la confusion, avec dieu à ses côtés. La foi ne guérit rien. Certains pensent qu’il est toujours bon d’espérer, que les choses changent malgré tout. L’espoir, la belle affaire, le pire des maux disait Camus – et d’autres avec lui -. Même en l’instant furtif d’un satori, avoir la chance de caresser brièvement un absolu, cet espace rare où l’on croit saisir son bonheur, cela ne peut suffire à assouvir la faim et nous laisser libre et ivre de paix. Se débattre sans cesse entre Emil Cioran et Shunryu Suzuki, voilà un de mes quotidiens, en cherchant la petite bête. Se perdre à nouveau. Et renaître.

ainsi soleil
laissant l’homme se colleter corps à corps
avec l’étoile noire
inlassablement
soleil s’en fiche
sur son promontoire azur
maître absolu des nuages
hors d’atteinte
que lui vaut notre misère


ainsi dégoût prend notre gorge
alors
vouloir se battre
contre soi
adversaire sournois
notre cœur saisit la dague
tremblant
avec le désir fou
de se trancher l’artère


ainsi la pensée
de se libérer
simplement
en sectionnant l’aorte
aussitôt repoussée
l’esprit
au terme de l’insomnie
contraint à l’aube
d’avorter
la plus funeste idée


à l’instar d’une poétesse botaniste
dans le jardin des métamorphoses
à quatre pattes
comme elle
je me fais un monde d’adventices fleuries
accessoires d’une rédemption proche


et dans le creux de mes mains
en vasque utopique
je hume la terre

Texte : Zakane

Illustration : issue du travail collectif associé à la ville de Grenoble (Marine Jambeau, Camille Kozlik, Edouard Labrosse, Milena Piton de Vinck, Camille Toni)