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Colombe

Un moment de soleil enfin !

Quelques heures de lumière au milieu des jours de brumes. Elles sont de plus en plus rares. Un voile cotonneux obscurcit le soleil depuis des semaines. Le ciel est gris comme si les nuages de se décollaient plus de la terre. Avant on les voyait remonter doucement de la mer en troupeau moutonnant et joufflus. Ils passaient au-dessus de nos têtes en valsant, j’aimais les voir et parfois j’essayais de voler très haut pour pouvoir les suivre pendant quelques minutes. C’était grisant.

Mais depuis quelques mois, le soleil a disparu, l’air est lourd. On n’arrive plus à respirer, je n’ai plus la force de voler assez haut. Mes ailes refusent de me porter. Je ne comprends pas. Mes plumes me paraissent lourdes comme du plomb.

Un soir j’ai voulu survoler la ville, je volais entre les immeubles, dans ce nouveau quartier où ils sont si hauts qu’ils nous cachent le ciel. Un tout petit garçon s’est arrêté pour me regarder passer. Il levait son doigt vers le ciel pour me designer à sa mère.

« C’est quoi cet oiseau blanc, maman ? »

« C’est une colombe, mon fils. Un oiseau rare dans nos villes. Ici, il n’y a plus que des pigeons gris de la couleur de notre ciel. Cet oiseau blanc est une tourterelle, elle est le symbole de la paix pour certains, on la représente avec un rameau d’olivier dans le bec. Mais je crains que la plupart des hommes aient oublié la signification de ce mot. Quand on rentrera, je te montrerai des tableaux où des artistes ont représenté ce genre d’oiseau. Regarde-la bien, c’est peut-être la dernière que tu verras, tant leur nombre s’est réduit depuis le début de ce siècle. C’est un oiseau en voie de disparition… »

Quand je les ai entendus, j’ai pris un courant ascendant, je ne voulais plus rien entendre de tel !

En voie de disparition !

Elle a raison, je vais disparaître de leur monde, je volerai par-dessus-les mers loin des hommes et de leur monde artificiel, loin de leur ciel gris ou noir. EN attendant, je vais me poser un peu dans cet arbre nu, pour reprendre des forces avant la grande traversée.

Le soleil m’a entendu, il est sorti des nuages pour m’aider à retrouver mon énergie. Je vais lisser mes plumes et les réchauffer et puis je partirai, vers un petit coin de paix. Ma Paix !

Un moment de soleil enfin !

Texte: Marie-Christine Grimard