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stop-time

Il m’est difficile d’écrire en ce moment, le corps est occupé à se réparer. Il vole à l’esprit son temps de parole car il est bavard ce corps, il est blagueur. il est omnipotent.  

Je sors de mon ancien blog ces quelques textes pour  ce qu’ils ont de  ce sens de l’anticipation. ces batailles entre les mots, la vie et la fin.

J’en foutre, le temps
Ranger les souvenirs dans le semainier.

Ai vécu quelques jours avec des noms de planètes. Pas plus.
Mise impie des heures, bigoudis sur ma tête, comètes et rouleaux pour les quelques piastres de salaire des jongleurs de fossiles. Ils tiennent sur leurs sexes tendus des assiettes d’étoiles, des galaxies circulaires qui tournent et tournent encore, avant peut-être le prolapsus des hélices.

Retour au calme.

Les batailles sont démontées comme des estrades après les morts, papiers gras tapissant ma pelouse.
Perdu comme d’habitude. La perte est un problème d’équipe et je joue en solo.

Dessous une herbe verte de neige percée et des empreintes comme la danse des lutteurs. Je sors sale de toutes mes prises, de trous au pochoir dans le lard de l’étreinte, foulée rouée abandonnée dans les soubresauts des températures pour détacher de moi le lin du ciel. Ecorce battue, patient travail. Bras menottés et jours estropiés, la vie rentre de la fête par le chemin des larves. Je suscite la haine vorace des bestioles qui ne cessent infiniment de ronger ma chair. Elles me décomposent, tandis que dans mes pourritures débute déjà le poème, sans que j’aie même à y oeuvrer.

J’attends sous le gris de mon bois, les fagots liés de mes sapes, les suspensions des lessives

me rincer de soleil jusqu’au cassant jusqu’au peigne amoureux qui dénouera ma chevelure et tissera ma toile.

Je fais partie des amantes maigres qui jouissent par la faim, dans les esquilles d’os, des hanches

des bras , d’une peau collée à l’âme. Le plaisir course le fil mince des oiseaux ; il se fraye des trous entre derme et miracle jusqu’aux cils de Bouddha. Soulèvement tellurique pour ouvrir les grands canyons du ciel, chaque vertèbre résonne, bambou de pluie. Je craque pour ta baise d’émissaire

jusqu’à l’atlas, jusqu’au crémol. Maigre sèche terre qui avale sa faim en rongeant tous les doigts qui passent, j’ai pour ta touche des fourgaisons de secousses.

Mon corps qui veut la vie qui le déserte

La vie n’est pas vide, il dit.

La mort non plus. Je parle en pays de connaissance. La mort, ça ressemble à ces tunnels grouillants de vers, ces milliers de dévorations tranquilles qui investissent le vide de ton corps. Plein il sera, si plein qu’il aura la Terre entière dedans et que ce sera horriblement compact et collant,glaise éternelle.

Peut-être avec un peu de chance serais-je convertie en potiche sur le tour des bandeurs de boue. érection de porcelaine où l’on cachera des bonbons, des boutons, des thunes de réserve, ou la cendre neuve d’un encore moins vivant que moi…?

Et puis la mort c’est plein de temps pris sur des croisées de mains, pour dire qu’on arrête, que c’est halte, que c’est fin, que c’est stop. C’est plein d’ennui à la chaîne, de tyrans, de vaches, de petits commerces, de peines, de trompettes, de pulsions, de menaces, de cliniques, de lits subits, d’accidents…

Sais déjà combien elle sera ronde et opulente la mienne, je la devine à cette ombre qu’elle fait sur le vide de ma vie, la mienne sera la mort dans l’âme.

 

Texte : Anna Jouy